Le compte à rebours est lancé. Le 1er septembre 2026, c’est-à-dire dans moins de 6 mois, la réforme de la facturation électronique entre en vigueur. Et la question d’un nouveau report est définitivement tranchée : la DGFiP est formelle — “septembre 2026 est la ligne d’arrivée, pas le point de départ” —, et la ministre déléguée chargée des comptes publics, Amélie de Montchalin, a confirmé publiquement qu’aucun report n’était envisagé.
Mieux : depuis fin février 2026, la phase pilote est en production. Des entreprises volontaires émettent et reçoivent de vraies factures électroniques via les plateformes agréées raccordées au Portail Public de Facturation. Le pilote durera jusqu’à fin août 2026, à la veille de l’obligation généralisée.
Il est donc temps, si ce n’est pas déjà fait, de se retrousser les manches. Voici le guide complet mis à jour, pensé pour les dirigeants de PME et leurs conseils, pour aborder cette transition sereinement.
Mise à jour du 7 mars 2026 : article mis à jour avec les dernières informations — phase pilote en production, 118 plateformes agréées immatriculées, campagne nationale DGFiP lancée, aucun report confirmé.
Ce qui change concrètement : le calendrier en un coup d’œil#
La réforme se déploie en deux vagues, selon la taille de l’entreprise :
| Date | Obligation | Entreprises concernées |
|---|---|---|
| 1er septembre 2026 | Réception de factures électroniques | Toutes les entreprises |
| 1er septembre 2026 | Émission de factures électroniques | Grandes entreprises & ETI |
| 1er septembre 2027 | Émission de factures électroniques | PME, TPE & micro-entreprises |
Ce qu’il faut retenir : dès septembre 2026, aucune entreprise n’échappe à la réforme, même les plus petites. La réception de factures électroniques est universelle et non négociable.
Concrètement, si un grand groupe vous envoie une facture après le 1er septembre 2026, elle arrivera au format électronique structuré. Si vous n’êtes pas équipé pour la recevoir, vous ne pourrez tout simplement pas la traiter.
PDP, plateforme agréée… de quoi parle-t-on exactement ?#
Vous avez peut-être entendu parler des « PDP » (Plateformes de Dématérialisation Partenaires). Bonne nouvelle : elles existent toujours, mais leur nom a changé. Depuis juillet 2025, la DGFiP les appelle officiellement plateformes agréées. Le changement est purement sémantique — les missions, les obligations et le calendrier restent identiques.
Une plateforme agréée est donc l’intermédiaire incontournable entre votre entreprise et l’administration fiscale. Elle assure :
- La transmission de vos factures à vos clients, dans un format structuré conforme
- La réception des factures de vos fournisseurs
- La communication des données de transactions à la DGFiP (c’est l’e-reporting, on y revient)
Point important : le Portail Public de Facturation (PPF), qu’on avait présenté comme une solution publique et gratuite, a été officiellement abandonné dans sa forme initiale en octobre 2024. Le PPF subsiste uniquement comme annuaire central des entreprises : il permet de trouver l’adresse de réception d’une entreprise sur une plateforme agréée, mais il ne sert plus à émettre ni recevoir des factures. Résultat : toutes les entreprises doivent passer par une plateforme privée agréée. Il n’y a plus d’option gratuite proposée par l’État pour la transmission des factures.
L’état des lieux des plateformes agréées : 118 immatriculées, phase pilote en production#
À la date de début mars 2026, l’administration fiscale a immatriculé 118 plateformes agréées. Parmi les premières à avoir obtenu leur immatriculation définitive, on retrouve des acteurs comme SERES (Docaposte), Agena3000, B2Brouter, ou encore des solutions intégrées à des logiciels de gestion déjà présents en PME.
Sur ces 118 plateformes :
- 101 sont raccordées au PPF (elles peuvent donc émettre et recevoir des factures)
- 8 sont interopérables entre elles et avec le PPF — ce qui signifie qu’une facture émise depuis la plateforme A peut être reçue sans friction sur la plateforme B
- L’annuaire central du PPF recense déjà plus de 375 000 entités, preuve que les entreprises commencent à s’inscrire
Depuis fin février 2026, la phase pilote est passée en production : des entreprises volontaires utilisent leurs vraies factures pour tester l’ensemble de la chaîne. Les données du pilote ne seront pas utilisées à des fins de contrôle fiscal — la DGFiP a publié une charte en ce sens pour rassurer les participants.
La liste officielle et à jour des plateformes immatriculées est publiée directement sur impots.gouv.fr.
La campagne nationale de sensibilisation#
Consciente que beaucoup d’entreprises n’ont pas encore agi, la DGFiP a lancé le 25 février 2026 une campagne nationale de sensibilisation. Un numéro dédié est disponible pour répondre aux questions des entreprises :
📞 0 806 807 807 (service gratuit + prix d’un appel local) — du lundi au vendredi, 8h30 à 18h.
N’hésitez pas à l’appeler si vous avez des questions sur votre situation ou sur le choix de votre plateforme.
Les formats de factures acceptés : Factur-X, UBL, CII#
Oubliez le PDF classique et les factures papier pour les échanges B2B : ils ne seront plus conformes. Les formats acceptés par la réforme sont au nombre de trois :
- Factur-X : format hybride (PDF lisible par l’humain + données XML intégrées). C’est souvent le choix privilégié par les PME, car il reste lisible “à l’œil” tout en étant traitable automatiquement.
- UBL (Universal Business Language) : format XML structuré, répandu à l’international.
- CII (Cross Industry Invoice) : format XML structuré, utilisé notamment dans les échanges EDI.
Pour la grande majorité des PME, le format Factur-X sera la solution la plus simple à adopter : votre logiciel de facturation produit un PDF habituel, auquel sont automatiquement intégrées les données XML. Votre client voit une facture normale ; la machine traite le XML. Pratique.
L’e-reporting : l’obligation souvent oubliée#
La facturation électronique, c’est l’e-invoicing. Mais la réforme comporte également un volet e-reporting, qui consiste à transmettre à l’administration les données relatives aux transactions non couvertes par la facturation électronique :
- Ventes à des particuliers (B2C)
- Transactions avec des entreprises étrangères (hors France)
- Opérations soumises à des régimes particuliers
L’e-reporting suit le même calendrier que l’e-invoicing. Concrètement, si vous vendez à des particuliers ou à l’international en plus de vos clients B2B français, vous aurez une double obligation à gérer.
Exemple concret : une PME industrielle qui vend à la fois à des distributeurs français (B2B) et à des clients en Belgique (B2B international) devra :
- Émettre ses factures aux distributeurs français via une plateforme agréée (e-invoicing)
- Déclarer ses transactions belges à la DGFiP via cette même plateforme (e-reporting)
Point d’actualité : les spécifications techniques définitives de l’e-reporting sont encore en cours de finalisation par la DGFiP (mars 2026). Les grandes lignes sont connues, mais certains détails techniques pourraient être précisés d’ici septembre. Restez en veille via impots.gouv.fr et votre expert-comptable.
Comment choisir sa plateforme agréée ? Les 5 critères clés#
Avec 105 plateformes immatriculées, le choix peut paraître complexe. Voici les critères qui doivent guider votre décision :
1. Compatibilité avec votre logiciel de gestion
C’est le premier critère. Si votre ERP ou votre logiciel de facturation est déjà connecté à une plateforme agréée, la transition sera nettement plus fluide. Renseignez-vous auprès de votre éditeur logiciel.
2. Les services inclus
Les offres varient considérablement : certaines plateformes se contentent du strict minimum réglementaire (émission/réception + transmission des données), d’autres proposent des fonctionnalités avancées comme l’archivage légal, le suivi des paiements, le rapprochement bancaire automatique, ou des tableaux de bord analytiques.
3. L’accompagnement et le support
Pour une PME sans DSI dédié, la qualité du support client est essentielle. Privilégiez une plateforme qui propose une assistance en français, avec des délais de réponse raisonnables.
4. Le prix
Les tarifs varient selon le volume de factures et les services additionnels. Comptez généralement entre quelques dizaines et quelques centaines d’euros par mois pour une TPE ou PME. N’hésitez pas à demander des simulations chiffrées basées sur vos volumes réels.
5. Le mandat “opt-in” via votre expert-comptable
La DGFiP a officiellement reconnu le rôle des experts-comptables dans le déploiement de la réforme. Votre cabinet peut, via un mandat “opt-in”, inscrire vos adresses de réception dans l’annuaire de l’administration. Un gain de temps appréciable si votre expert-comptable est déjà équipé d’une plateforme agréée.
Ce que vous devez faire maintenant#
Voici un plan d’action concret, selon votre situation :
Si vous n’avez encore rien fait :
- Contactez votre expert-comptable — c’est le point d’entrée naturel
- Renseignez-vous auprès de votre éditeur logiciel sur les plateformes agréées compatibles
- Consultez la liste officielle sur impots.gouv.fr
- Demandez des devis à 2 ou 3 plateformes adaptées à votre volume
Si vous avez déjà identifié une plateforme :
- Signez le contrat le plus tôt possible — certaines plateformes commencent à afficher des délais d’onboarding
- Vérifiez que vos équipes (comptabilité, commercial) sont formées
- Testez la réception de factures électroniques avant septembre
Si vous pensez être concerné par l’e-reporting :
- Cartographiez vos flux de facturation : B2B France, B2B international, B2C
- Vérifiez que la plateforme choisie gère bien le volet e-reporting pour les transactions concernées
En résumé#
La réforme de la facturation électronique n’est plus une perspective lointaine — elle est à moins de 6 mois. La phase pilote tourne en production depuis fin février 2026 avec de vraies factures et de vrais flux. Les 118 plateformes agréées immatriculées sont prêtes à accueillir de nouveaux clients. Le calendrier est confirmé, sans possibilité de report.
Les grandes entreprises et ETI ont souvent déjà bien avancé sur le sujet. Les PME et TPE, en revanche, sont encore nombreuses à n’avoir pas encore désigné leur plateforme agréée.
Le message est simple : ne pas attendre. Pas parce que les sanctions sont terrifiantes (15 € par facture, plafonnées à 15 000 € par an), mais parce que choisir une plateforme, paramétrer ses systèmes, former ses équipes et tester les flux prend du temps. Et l’été approche vite.
Ressources utiles :
- Liste des plateformes agréées : impots.gouv.fr
- Numéro d’information DGFiP : 0 806 807 807 (lun.–ven., 8h30–18h)
- Votre expert-comptable reste votre meilleur allié pour faire le point sur votre situation et vous accompagner dans le choix de votre plateforme.
Une question sur votre situation ? Laissez un commentaire ou contactez directement votre cabinet comptable.
Sources :
- DGFiP — impots.gouv.fr, liste des plateformes agréées
- Communiqué DGFiP du 25 février 2026 — lancement de la campagne nationale de sensibilisation
- Légifrance — article 289 bis du CGI (obligation de facturation électronique)
- Décret n° 2022-1299 du 7 octobre 2022 relatif à la généralisation de la facturation électronique
