Aller au contenu
  1. Articles/

Crise carburant : la prime employeur portée à 1 000 €, ce que le plan du 22 septembre 2026 change pour les PME

·1238 mots·6 mins·

Le litre de gazole a dépassé son record d’avril 2026, plus de 1 800 stations-service sont tombées à sec en une semaine, et le gouvernement vient d’annoncer un nouveau paquet de mesures de soutien de 450 millions d’euros. Pour les PME, la mesure la plus directement actionnable est le relèvement du plafond d’exonération de la prime carburant employeur, qui passe de 600 à 1 000 € par salarié et par an. Voici ce qu’il faut en retenir, et pourquoi il reste prudent d’attendre le texte réglementaire avant de l’appliquer intégralement.

Une crise carburant d’origine géopolitique
#

Depuis le conflit en Iran engagé en mars 2026, le blocage du détroit d’Ormuz et la destruction de capacités de raffinage au Moyen-Orient, en Russie et en Ukraine pèsent sur l’approvisionnement européen. Résultat en France à la mi-septembre 2026 : environ 10 % des stations du pays en rupture d’au moins un carburant (jusqu’à 1 station sur 4 dans certains départements), un gazole autour de 2,36 €/litre — en hausse de plus de 44 % sur un an — et un SP95 proche de 2,22 €/litre. Pour limiter la casse, le gouvernement a notamment prolongé jusqu’au 15 novembre 2026 la vente du gazole d’été, initialement autorisée jusqu’au 1er novembre.

C’est dans ce contexte que le ministre chargé des PME, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Papin, a présenté le 22 septembre 2026 (communiqué de presse n° 1054, presse.economie.gouv.fr) un plan de soutien d’un coût total de 450 millions d’euros.

La prime carburant employeur passe de 600 à 1 000 €
#

C’est la troisième hausse du plafond en un an : 300 € initialement, 600 € depuis l’annonce du 21 mai 2026 (déjà traitée sur ce blog), et désormais 1 000 € par an et par salarié, à titre exceptionnel, pour les primes versées jusqu’au 31 décembre 2026.

Deux conditions d’éligibilité habituelles sont par ailleurs suspendues jusqu’au 31 décembre 2026 :

  • la condition de non-desserte du domicile ou du lieu de travail par les transports en commun ;
  • l’interdiction de cumuler la prime avec la prise en charge d’un abonnement de transport en commun par l’employeur.

Concrètement, un employeur peut désormais verser la prime carburant à un salarié même s’il bénéficie déjà du remboursement de son Pass Navigo ou équivalent — une inversion de la règle qui prévalait jusqu’ici.

Avant mai 2026Depuis le 21/05/2026Depuis le 22/09/2026
Plafond carburant300 €/an600 €/an1 000 €/an
Cumul avec abonnement transportNonNonOui (jusqu’au 31/12/2026)
Condition géographique/horairesOuiSuppriméeSupprimée

Point de vigilance pour les DAF et les cabinets : à la date du 24 septembre 2026, ni décret ni arrêté modifiant formellement les articles R. 3261-11 à R. 3261-13 du code du travail n’ont été publiés au Journal officiel — la mesure repose pour l’instant sur une annonce ministérielle. Les textes réglementaires sont explicitement annoncés comme à venir. Comme pour le passage à 600 € en mai (dont le texte n’était toujours pas paru au moment de la rédaction de notre article de juin), il est recommandé d’anticiper dans le paramétrage paie sans attendre, mais de vérifier la parution du décret au Journal officiel ou la mise à jour du BOSS (boss.gouv.fr) avant de considérer la mesure comme définitivement sécurisée, en particulier pour les montants entre 600 € et 1 000 €.

La prime reste par ailleurs facultative pour l’employeur (contrairement à la prise en charge des transports en commun), et peut être instaurée par décision unilatérale de l’employeur ou par accord collectif, sur les mêmes modalités que pour le plafond à 600 € déjà en vigueur.

L’aide “grands rouleurs” doublée et élargie pour le 4ᵉ trimestre
#

L’indemnité de l’État pour les “grands rouleurs” (salariés et indépendants parcourant au moins 15 km par trajet domicile-travail ou 8 000 km par an à titre professionnel), déjà versée à 100 € au printemps-été 2026 sur demande individuelle via impots.gouv.fr, est reconduite pour la période octobre-décembre 2026. Le communiqué officiel annonce un doublement de l’équivalent litre couvert, de 20 à 40 centimes par litre, et un élargissement du nombre de bénéficiaires potentiels de 3 à 5,5 millions de personnes, via un relèvement des plafonds de revenu fiscal de référence. Pour les personnes ayant déjà bénéficié de la première aide, le versement de cette nouvelle tranche est présenté comme automatique, sans nouvelle démarche.

Ce n’est pas une aide versée par l’employeur, mais les RH de PME ont intérêt à relayer l’information auprès de leurs salariés éligibles, notamment ceux qui n’auraient pas fait valoir leurs droits au printemps.

GNR : agriculture, pêche et BTP concernés
#

Le plan reconduit ou étend plusieurs aides sur le gazole non routier (GNR), consommé par les engins agricoles, de chantier ou de pêche, et distinct du gazole routier :

  • agriculture : reconduction de l’aide à 15 centimes par litre, avec paiements accélérés ;
  • BTP : aide au GNR fixée à 20 centimes par litre ;
  • pêche : couverture à hauteur de 70 % de la hausse du prix par rapport à la situation antérieure à la crise, complétée par un prêt à taux zéro Bpifrance jusqu’à 50 000 € par entreprise, ouvert à partir du 1er octobre 2026.

Les PME de ces secteurs doivent vérifier leur éligibilité auprès de leur fédération professionnelle ou de leur expert-comptable, ces aides étant généralement à réclamer sur justificatifs de consommation.

Une “règle d’or” fiscale annoncée, pas encore inscrite dans la loi
#

Le gouvernement a également affiché un principe : “aucun profit ne sera jamais fait par l’État en cas de hausse des prix liés aux carburants”, avec l’engagement de neutraliser le surplus de recettes de TVA et d’accise généré par la hausse des prix, et de le flécher vers des dispositifs d’aide. Ce principe doit faire l’objet d’un amendement au PLF 2027, dont le dépôt et l’examen parlementaire restent à venir : il ne s’agit à ce stade que d’une intention politique, pas d’une mesure en vigueur.

Ce que les PME doivent faire maintenant
#

  • Paie : mettre à jour le paramétrage du plafond de la prime carburant en gardant une trace de la date d’application et en surveillant la parution du décret/arrêté (Légifrance, BOSS) avant de dépasser durablement 600 € sans texte formel.
  • RH : informer les salariés éligibles à la nouvelle tranche de l’aide “grands rouleurs” (versement automatique pour les bénéficiaires du printemps, nouvelle demande à anticiper pour les autres).
  • Secteurs GNR (BTP, agriculture, pêche) : vérifier l’éligibilité aux aides sectorielles et, pour la pêche, le prêt à taux zéro Bpifrance ouvert au 1er octobre 2026.
  • Trésorerie : intégrer la volatilité du poste carburant dans les prévisions de fin d’année, la crise étant présentée comme liée à un contexte géopolitique sans échéance de résolution annoncée.

Sources
#

Articles connexes