Bonne nouvelle pour les auto-entrepreneurs et micro-entrepreneurs : la loi de finances pour 2026 a revalorisé les plafonds du régime micro de +7,6 % pour la période triennale 2026-2027-2028. C’est la première revalorisation significative depuis plusieurs années, qui tient compte de l’inflation et élargit la zone de confort de nombreux travailleurs indépendants. Mais attention : les seuils de la franchise en base de TVA, eux, ne bougent pas.
Rappel : le régime micro et ses plafonds#
Le régime micro (micro-BIC, micro-BNC, micro-BA) est un régime fiscal simplifié accessible aux travailleurs indépendants tant que leur chiffre d’affaires (CA) annuel reste sous un certain plafond. En dessous, ils bénéficient d’un abattement forfaitaire sur leur CA pour calculer leur revenu imposable — sans avoir à justifier leurs charges réelles.
La loi fixe ces plafonds par période triennale. La période 2023-2025 s’est terminée avec des seuils devenus insuffisants face à l’inflation. La loi de finances 2026 remédie à cela en les relevant de 7,6 % pour les trois prochaines années.
La règle des deux ans : le dépassement d’un seuil n’entraîne pas une sortie immédiate. Le régime réel ne s’impose que si le plafond est dépassé deux années civiles consécutives. Si vous dépassez le seuil en 2026 mais le respectez en 2025 (ou vice-versa), vous restez en régime micro.
Les nouveaux plafonds 2026-2027-2028 : le tableau comparatif#
| Régime | Plafond 2023-2025 | Plafond 2026-2028 | Variation |
|---|---|---|---|
| Micro-BIC — ventes, fournitures, hébergement | 188 700 € | 203 100 € | +14 400 € (+7,6 %) |
| Micro-BIC — prestations de services | 77 700 € | 83 600 € | +5 900 € (+7,6 %) |
| Micro-BNC (professions libérales non réglementées) | 77 700 € | 83 600 € | +5 900 € (+7,6 %) |
| Micro-BA (bénéfice agricole) | 120 000 € | 129 200 € | +9 200 € (+7,6 %) |
| Activité mixte (commerce + services) — plafond global | 188 700 € | 203 100 € | +14 400 € |
| Activité mixte — sous-plafond services | 77 700 € | 83 600 € | +5 900 € |
Ces plafonds s’appliquent de manière identique pour les trois années 2026, 2027 et 2028 — pas de nouvelle revalorisation intermédiaire prévue à ce stade.
Ce qui ne change pas : la franchise en base de TVA#
C’est un point de confusion fréquent : les seuils du régime micro-fiscal sont distincts des seuils de la franchise en base de TVA. Et ces derniers, eux, n’ont pas été modifiés.
La franchise en base de TVA — qui dispense d’appliquer et de facturer la TVA — reste à :
- 85 000 € pour les activités de ventes de marchandises et hébergement
- 37 500 € pour les prestations de services
Un auto-entrepreneur peut très bien se trouver dans la situation suivante : régime micro-fiscal maintenu (CA < 83 600 € pour les services), mais assujetti à la TVA s’il a dépassé 37 500 € lors de l’année précédente. Les deux notions évoluent indépendamment.
Exemple : Julien, consultant indépendant, réalise 55 000 € de CA en 2026. Il reste largement dans le régime micro-BNC (< 83 600 €). En revanche, ayant dépassé 37 500 € de CA en 2025, il est assujetti à la TVA en 2026 et doit la facturer à ses clients.
Qui bénéficie concrètement de la revalorisation ?#
Les commerçants et e-commerçants proches de 188 700 €#
C’est le profil le plus directement concerné. Si votre CA 2025 se situait entre 188 700 € et 203 100 €, vous étiez techniquement hors régime micro (dépassement du seuil 2023-2025). Avec les nouveaux plafonds applicables à partir du 1er janvier 2026, vous pouvez à nouveau entrer — ou rester — dans le régime micro à condition que ce dépassement ne se soit pas produit deux années consécutives (2024 et 2025).
Les prestataires de services et professions libérales proches de 77 700 €#
Un consultant, un formateur indépendant ou un graphiste avec un CA entre 77 700 € et 83 600 € en 2025 dispose désormais d’une marge supplémentaire de 5 900 € avant de sortir du régime micro. Cela peut représenter plusieurs mois d’activité sans contrainte de passage au réel.
Les entrepreneurs en activité mixte#
Pour les auto-entrepreneurs cumulant vente et prestation (plombiers revendant des équipements, artisans faisant du négoce et de la pose…), les deux plafonds remontent simultanément. Le plafond global passe à 203 100 €, et le sous-plafond services à 83 600 €.
Les exploitants agricoles au régime micro-BA#
Le passage de 120 000 € à 129 200 € offre une marge supplémentaire de 9 200 €, particulièrement utile dans un contexte d’inflation sur les prix agricoles.
Trois exemples chiffrés#
Profil 1 — E-commerçante proche du plafond (micro-BIC ventes)
Sophie vend des bijoux artisanaux en ligne. Son CA était de 192 000 € en 2025 — soit au-dessus de l’ancien plafond de 188 700 €. Si son CA 2024 était également supérieur à 188 700 €, elle a déjà basculé au régime réel au 1er janvier 2026 (règle des deux ans). La revalorisation ne change rien dans ce cas.
En revanche, si son CA 2024 était sous 188 700 € et que 2025 est sa première année de dépassement, elle reste en régime micro en 2026 — et avec le nouveau plafond à 203 100 €, elle dispose d’une marge confortable pour croître sans sortir du régime.
Profil 2 — Consultant indépendant (micro-BNC)
Marc réalise 80 000 € de CA en 2025. Avec les anciens seuils à 77 700 €, il était en dépassement et risquait de basculer au réel si 2024 l’était aussi. Avec le nouveau seuil à 83 600 €, il est désormais dans les clous pour 2026 — et peut viser jusqu’à 83 600 € sans craindre de sortie du régime, même si 2025 était une première année de dépassement.
Profil 3 — Artisan en activité mixte (pose + fourniture)
Thierry, électricien, réalise 150 000 € de CA total dont 50 000 € de prestations de services et 100 000 € de fournitures. Il est en dessous du plafond global (203 100 €) et du sous-plafond services (83 600 €). Les deux seuils sont respectés : régime micro maintenu.
Ce que vous devez vérifier et faire#
1. Confirmer votre situation au 1er janvier 2026
Si vous avez dépassé l’ancien plafond (188 700 € pour le commerce, 77 700 € pour les services) en 2024 ET 2025, vous êtes passé au régime réel au 1er janvier 2026, indépendamment de la revalorisation. La revalorisation ne permet pas de “revenir en arrière” sur une sortie déjà acquise.
2. Mettre à jour vos alertes de suivi
Vos tableaux de bord, logiciels de gestion ou alertes internes doivent être reconfigurés avec les nouveaux plafonds : 203 100 € pour le commerce et 83 600 € pour les services. Une alerte mal paramétrée pourrait faussement signaler un dépassement ou, au contraire, ne pas vous prévenir à temps.
3. Distinguer franchement régime micro et franchise TVA
Le dépassement du plafond TVA (85 000 € / 37 500 €) est un événement distinct, avec des conséquences différentes. Vérifiez chaque seuil indépendamment : vous pouvez devoir facturer la TVA tout en restant en régime micro-fiscal.
4. Anticiper 2027 et 2028
Les nouveaux plafonds sont figés jusqu’en 2028. Si votre activité est en croissance régulière, projetez dès maintenant votre CA sur les deux prochaines années pour anticiper un éventuel passage au réel et vous y préparer sereinement (comptabilité, choix du régime réel simplifié ou normal, gestion des charges déductibles).
5. Pour les professions libérales réglementées
Les avocats, experts-comptables, médecins et autres professions réglementées ne relèvent pas du micro-BNC standard. Leurs seuils spécifiques peuvent différer. Consultez votre ordre professionnel pour confirmation.
En résumé#
La revalorisation de +7,6 % des seuils du régime micro pour 2026-2027-2028 est une mesure concrète et bienvenue, qui redonne de l’air aux auto-entrepreneurs dont l’activité progresse avec l’inflation. Elle ne résout pas tout — la franchise TVA reste une contrainte indépendante, et la règle des deux ans peut bloquer certains retours dans le régime micro. Mais pour ceux qui restent dans la course, les marges s’élargissent sensiblement.
Sources :
